Voyage juin 2010
 

Compte-rendu Mission en Haiti du 11 au 20 juin 2010

Plutôt que de rendre compte chronologiquement de notre séjour en Haiti, nous vous proposons d’articuler le propos autour des 3 points qui ont constitué le cadre de cette mission :

  • parrainage – Etat des lieux et propositions
  • rencontres avec la Mairie de Petit Goave en vue de créer des premiers contacts pour le compte de la Municipalité de Salon de Pvce
  • micro projet de solidarité internationale

Avant d’ouvrir le propos, quelques idées générales permettant de situer le contexte local.

La situation, du point de vue de la reconstruction, aussi bien à Port à Prince qu’à Petit Goave semble totalement à l’arrêt. Les décombres sont partout, rien (ou si peu) ne semble avoir été fait, aucune présence de pelleteuses dans les rues…Parfois, des employés « municipaux » habillés tout en jaune ou tout en rouge (avec le logo du généreux donateur...la plupart du temps USAID) travaillent à mains nues pour déblayer les gravats.

Voici quelques photos qui illustrent la situation :

 Rues dans Port au Prince

                                                                                                                            

                                                                              

A Port au Prince, depuis le séisme, chaque maison a été recensée (par le Ministère des Travaux Publics)..une maison avec une mention peinte en vert sur le mur restera en l’état, - peinte en jaune : des travaux de consolidation sont à effectuer - peinte en rouge : à détruire.

Beaucoup de familles sont relogées sous des tentes...il y a ainsi plusieurs camps disséminés dans toute la ville…certains immenses (20 000/30 000 personnes)..d’autres plus petits (300 familles en tout)..les conditions de vie y sont évidemment très dures...la température extérieure étant, par ailleurs, de 35°, on imagine sans mal, le chaudron que cela doit être à l’intérieur. La crainte du passage d’un cyclone qui dévasterait tout est également bien présente dans les esprits.

Il semble que l’Etat ne soit nulle part : pas de reconstruction donc, pas d’assainissement, des tas d’immondices partout, pas de transport public, des routes en très mauvais état, un système éducatif privatisé à plus de 70%, un système hospitalier défaillant et relayé en grande partie par les ONG et les officines de l’ONU…C’était donc le Tiers Monde avant le séisme du 12 janvier dernier, ça l’est toujours 6 mois plus tard...

La présence étrangère : comme il n’y a pas de touristes, elle se présente sous la forme de représentants des Nations Unies qui oeuvrent au sein de la Minustah ( http://minustah.org/ ) chargée depuis 2004 de stabiliser la situation politique locale…Ses membres ont été durement touchés pendant le séisme puisque 97 personnes ont trouvé la mort (dont le représentant du Secrétaire Général des NU). Nous avons entendu plusieurs fois que les haïtiens avaient une certaine défiance à leur égard...mais que le poids économique de leur présence était important…en conséquence de quoi ils étaient tolérés.

Depuis le tremblement de terre, des agences spécialisées des NU (UNICEF, OIM, World Food Programm..) oeuvrent pleinement sur des programmes post-urgences.

Grâce à Yvan Bigot, responsable du Terminal Aérien au sein de la Minustah, nous avons eu le privilège de visiter la base logistique des Nations Unies à Port au Prince mais aussi de rencontrer différents responsables qui nous ont apporté un éclairage fort instructif sur la situation locale.

Les restes du siège de la Minustah à Port au Prince

Par ailleurs, de nombreuses ONG sont « lourdement » implantées en Haïti…Certaines le sont depuis la catastrophe mais d’autres sont là depuis très longtemps. Les moyens déployés sont énormes. De mémoire d’une personne expérimentée en matière d’intervention d’urgence, jamais un tel dispositif n’a été mis en œuvre. Un médecin français nous indiquait également que dans les jours ayant suivi la catastrophe, la logistique mise en place (et surtout sa coordination via une base située à Saint-Domingue) par les ONG a été unique en son genre. Du jamais vu !

 Ruines à Petit Goave

 

Malgré cela, un discours revient fréquemment dans la bouche de personnes « éclairées »…L’ingérence étrangère est très forte...peut-être trop…cela conduit à une dé-responsabilisation des acteurs locaux et une logique d’assistanat très prégnante.

Pourtant (et curieusement) la situation n’est pas tendue, ni triste. La vie est partout. La population est extraordinaire de dignité.

Nous n’avons jamais ressenti une insécurité sur nos personnes (car Rémy Brutus qui avait préparé la mission en amont avait tout excellemment organisé). Néanmoins, plusieurs faits nous ont rendu un peu méfiants. Le premier est survenu lorsque nous avons rencontré des responsables d’ONG, ceux-ci étaient barricadés dans des maisons très sécurisées (gardiens, portails, barbelés)...on nous a expliqué que des gangs organisés pratiquaient régulièrement des rapts et exigeaient ensuite des rançons. Deuxième point, dans les « mini market » de Port au Prince, où il est possible de trouver une alimentation à l’occidentale ainsi que des produits « chers », il y a une présence systématique de gardes armés jusqu’aux dents.

 

           1.  Les parrainages

A l’origine, l’association Terre de Mission a été créée pour parrainer des enfants haïtiens. Ainsi, depuis plusieurs années, une trentaine d’enfants étaient parrainés par le biais de notre association.

Une somme de 20 euros par mois est attribuée pour l’éducation de l’enfant (livres, crayons, costume d’écolier..).

L’ensemble du dispositif reposait sur Sœur Irène Baptiste basée à Port au Prince au sein de la congrégation religieuse de Saint François de Salle. Malheureusement depuis son décès lors du tremblement de terre, aucune nouvelle des enfants ne nous est réellement parvenue et nous avons stoppé l’envoi de l’argent.

Il s’agissait donc de retrouver les enfants, de re-fiabiliser la procédure, de l’adapter si nécessaire.

Suivi des cours sous les tentes

 

Rencontre avec Sœur Lops

Bilan des enfants retrouvés

Ecole a repris en avril ou mai

Plus de batiments..ici ou ailleurs

Rencontre avec Frère Abraham

Rencontre avec les enfants de Poirier

Rencontre avec le frère de Djieumila..80 propositions de parrainages

Propositions : Parrainages collectifs

 

Soeur Lops et Patricia

 

     2.   Rencontre avec la Mairie de Petit Goave

Avant notre départ, nous savions que la Mairie de Salon de Provence souhaitait s’impliquer sur la reconstruction d’Haiti et plus particulièrement sur Petit Goave. En effet, Madame Blanc, Adjointe au Maire avait participé à une mission médicale au mois de février dernier…Elle avait également joint par téléphone le Maire de Petit Goave pour lui faire part des intentions de la Municipalité salonaise. Madame Blanc envisage de créer un pôle Mère-Enfant sur Petit Goave..l’idée de la création d’un dispensaire mobile étant même imaginée. Pour valider cela, l’organisation d’une mission sur place à l’automne 2010 est étudiée (financée par l’Union des Maires 13) .

Dès lors, notre objectif était d’établir un contact direct avec la Mairie de Petit Goave et de préparer l’idée d’une action de coopération décentralisée.

Nous avons ainsi rencontré Madame Osselin – Adjointe au Maire, Monsieur Lindor – Adjoint au Maire, Monsieur le Secrétaire Général et enfin Monsieur Boisvert – Responsable de la Sécurité Civile.

L’idée d’un jumelage avec la Ville de Salon de Provence leur semble tout à fait souhaitable. Ils sont très demandeurs. Plusieurs pistes pour un projet de coopération décentralisée sont à creuser :

  • la formation professionnelle en général
  • la formation des employés municipaux
  • un travail de promotion et de « vulgarisation » des lois limitant l’âge d’accès à l’emploi des enfants (sous forme, par exemple, de cérémonies festives)
  • la bibliothèque municipale étant par terre, imaginer un travail autour du Livre et de la culture...Il est à noter que l’Alliance Française était régulièrement sur place jusqu’en 1986…une demande récente a été faite auprès de l’Ambassadeur de France afin que cette organisation soit à nouveau « installée » sur Petit Goave.

       

      Ancienne bibliothèque municipale

 

Par ailleurs, il est à signaler que nous avons rencontré des responsables d’ONG (Médécins des Hommes et Terre des Hommes) et que ceux-ci nous ont apporté un éclairage particulier sur Petit Goave.

Des considérations générales tout d’abord : Petit Goave a été durement frappée par le séisme et du coup la présence d’ONG est très importante. Tellement nombreux sont les intervenants, que les thématiques sont abordées sous forme de cluster : cluster santé – cluster « wash » (assainissement) – cluster éducation – cluster sécurité…. Une coordination est assurée par une des ONG (par exemple, sur le cluster santé, c’est Médecins du Monde Suisse qui assume cette tâche)… le but de ces regroupements est de coordonner les actions, d’éviter la duplication des activités et d’être en adéquation avec la politique sanitaire des autorités haitiennes compétentes ( nationales et départementales). Enfin une supervision générale est effectuée par une Unité des Nations Unies.

Tout de suite après le séisme, ces clusters se réunissaient tous les jours, puis tous les deux jours, puis toutes les semaines, aujourd’hui deux fois par mois... Les actions de ces ONG internationales se situent désormais dans un cadre de post-urgence..Elles s’organisent au niveau macro (car touchant une population nombreuse et sur des espaces géographiques étendus) et devraient être mises en oeuvre pendant deux ou trois ans.

Terres des Hommes (ONG suisse - http://www.tdh.ch) qui agit sur le secteur de Grand Goave/Petit Goave /Lingoane articule ses actions autour de 3 axes :

  • actions sur la malnutrition, en lien avec les communautés,
  • accès à l’eau (volet assainissement/ réhabilitation des points d’eau à Grand Goave par ex/ sensibilisation à la propreté et à la gestion de l’eau en zone rurale),
  • actions sur la santé maternelle et infantile (cliniques mobiles pour les zones enclavées/PTA/enfants séparés…) construction de latrines d’urgence (prévention des épidémies) distribution d’eau potable/protection psycho sociale en particulier pour les enfants (abus sexuels/maltraitance...)

Tout ce travail est réalisé avec l’appui d’agents communautaires haïtiens qui vont directement au contact des populations.

On est sur une aide macro puisqu’environ 30 000 personnes sont directement « touchées » par ces programmes et que pour être pérenne tout cela devra se prolonger plusieurs années encore.

Nous avons également rencontré des responsables de Médecins du Monde Suisse..ceux-ci sont implantés sur Petit Goave depuis 1997...ce qui leur a donné la légitimité pour coordonner « le cluster santé » mis en place suite au séisme…

Plusieurs documents joints à ce compte-rendu apportent un éclairage très intéressant concernant les actions réalisées sur place.

Trois points à retenir néanmoins :

  • de très nombreuses actions sont mises en œuvre en direction des enfants (en particulier pôle mère/enfant)
  • les deux hôpitaux de Petit Goave sont gérés soit par les ONG (7 de mémoire) pour le premier et par la brigade cubaine pour le second.
  • ces actions vont se dérouler pendant deux ou trois ans (minimum)

 

         3.   Micro-projet de solidarité internationale

Le but de ce voyage était parallèlement de réaliser une mission de diagnostic à Petit Goave. L'idée étant par exemple de cerner des problèmes, d'envisager des solutions (sous forme de micro-projets adaptés) et de trouver les bailleurs de fonds susceptibles de nous aider.
L'idée étant de faire du développement et de construire une action pérenne et efficace sur le moyen/long terme sur un même site. Notre démarche se veut ambitieuse (puisque nous passons sur du développement et de la recherche de financements adaptés) mais humble (au vu de la taille de notre association)...

Nous sommes conscients que le « monde entier » a les yeux braqués sur cette île des Caraibes et qu’il faut saisir cette opportunité pour faire avancer nos idées et développer des micro-projets.

Notre objectif étant également, à notre retour à Salon de Provence, de continuer à faire parler d’Haïti pendant longtemps.

Nous avons rencontré de nombreuses personnes à Petit Goave… néanmoins, le problème de l’ingérence est relevé par certains. Parfois dans la presse locale…Parfois aussi par les ONG elles-mêmes…parfois même par des représentants de la société civile haïtienne…certains nous ont dit ne pas vouloir s’impliquer sur Port au Prince ou sur Petit Goave car la présence étrangère y est trop nombreuse…aboutissant à une dé-responsabilisation des acteurs locaux.

D’autre part à Petit Goave, comme indiqué dans le chapitre précédent, les acteurs sont très nombreux…et il s’agit de très gros acteurs…du coup difficile d’être pertinent quand on est une petite association...Une responsable d’ONG nous a dit de revenir dans trois ans et qu’à ce moment là nous trouverons notre place…Ces grosses ONG sont d’ailleurs toujours méfiantes à l’égard de petites associations comme la notre…d’abord ils se considèrent comme des professionnels (qu’ils sont indéniablement) et nous comme des amateurs (que nous sommes également puisqu’ils ne s’agit pas de notre métier)..d’autre part la crainte existe de nous voir dupliquer des actions déjà existantes…ou de mettre en œuvre des actions contredites par la vérité du terrain…

Donc notre but initial était de nous faire connaître et de rassurer.

L’accueil qui nous a été réservé par ces responsables d’ONG a été à la fois très professionnel (ils ne nous ont jamais pris de haut et ont été très disponibles malgré leur charge de travail) mais aussi très amical …néanmoins les mises en garde ont été nombreuses.

De ce point de vue, notre but a été atteint...nous avons beaucoup écouté ceux qui savaient et nous nous sommes faits connaître.

Forts de ces recommandations, il convenait de trouver les bonnes idées…et surtout adaptées….en matière de solidarité internationale et de développement, les recettes sont connues…il faut d’abord responsabiliser les acteurs locaux…les impliquer...faire en sorte que ce soit leurs idées et non les notres …en matière d’outils, travailler sur le micro-crédit…les coopératives agricoles si elles existent…sur les associations de femmes…et avoir des relais fiables sur place…car la difficulté pour une structure comme la notre c’est l’éloignement… or il faut que le projet tourne sans que nous soyons présents…il faut également pouvoir envoyer de l’argent en toute sécurité...être sûr qu’il sera bien utilisé…avoir des infos régulières sur l’état d’avancement….etc…

Ainsi, sur les recommandations de la Mairie de Petit Goave, nous avons rencontré une communauté de femmes haitiennes qui travaillaient dans le domaine du textile…autrefois 38 personnes étaient actives dans ce domaine...aujourd’hui plus de local, plus de machines à tisser...plus rien…imaginer redémarrer une telle activité est très couteux..et par conséquent n’est financièrement pas possible pour une association comme la notre car tout est à refaire…en matière éducative, le constat est le même…au delà des parrainages, comment aider ? par exemple, l’école de Frère Abraham à Poirier est par terre...il faut tout reconstruire…Là encore ce n’est pas à notre échelle…

Du coup, pas mal de frustration car nous pensions revenir avec l’idée et les gens pour faire ce projet…Or ce n’est pas le cas.

Des pistes devront êtres approfondies…en s’appuyant sur l’éclairage de certains ou sur leurs compétences…s’associer à eux si possible…nous pensons ici à l‘ONG GAFE dont les responsables nous ont fait forte impression bien qu’ils agissent plutôt du côté de Kenscoff.

Nous pensons aussi au Père Philogène et à sa radio locale ou à cette communauté de jeunes agriculteurs rencontrés à Petit Goave.

Il faudra pourtant persister...persister car c’est la règle…la règle pour être pertinent et efficace…il faudra y revenir aussi..très vite…les jalons ont été posés...c’était aussi le but de cette mission…A suivre donc..

Patricia, Marylène, Frédéric et nos « guides infaillibles » Rémy et Lionel